Le dépistage familial et la précocité de la mise en place du traitement sont des points fondamentaux de la prise en charge de la maladie.

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Qu’est-ce que l’hémochromatose ?

Sommaire

L’hémochromatose (aussi appelée hémochromatose génétique ou hémochromatose héréditaire) est une maladie génétique et héréditaire responsable d’une absorption excessive de fer par l’intestin et de son accumulation dans l’organisme.

Les causes de l’hémochromatose

L’hémochromatose est une maladie génétique liée à une mutation d’un ou de plusieurs gènes. Ces mutations s’observent dans les différentes régions du globe et correspondent chacune à une expression plus ou moins grave de la maladie.

L’hémochromatose héréditaire HFE (aussi appelé hémochromatose de type I) est la forme la plus fréquente de la maladie. Elle est liée à une mutation du gène HFE situé sur le chromosome 6.

Fréquence de la maladie

L’hémochromatose est l’une des maladies génétiques les plus fréquentes.

Environ 1 personne sur  300 est porteuse de l’anomalie génétique qui prédispose à l’apparition de la maladie1. Mais ce qu’il faut dès à présent comprendre c’est que la maladie peut avoir une expression clinique d’intensité variable si bien que les formes sévères d’hémochromatose restent rares.

Personnes touchées par la maladie

Les hommes sont plus souvent atteints que la femme (3 hommes pour 1 femme).

Les symptômes apparaissent le plus souvent après 40 ans mais peuvent débuter entre 5 et 30 ans (hémochromatose juvénile).

La maladie est plus fréquemment observée dans certaines régions du monde, par exemple aux Etats Unis ou en Europe du Nord. Elle n’est pas retrouvée dans les pays du sud-est asiatique ou dans la population noire.

En France, certaines régions (Bretagne) sont plus touchées.

Quels sont les symptômes de l’hémochromatose ?

Les symptômes sont liés aux dépôts du fer sur différents organes comme la peau, le cœur, les glandes endocrines et le foie.

Evolution des symptômes de la maladie

- Entre 0 et 20 ans, le fer s’accumule progressivement dans l’organisme sans provoquer de symptômes.

- Entre 20 et 40 ans, apparaît une surcharge de fer qui ne donne toujours pas de symptômes.

- Vers le milieu de quatrième décennie chez l’homme (et plus tardivement chez la femme), apparaissent des premiers signes cliniques de la maladie : fatigue permanente, douleurs articulaires (petites articulations des doigts, poignets ou hanches), brunissement de la peau (mélanodermie), aspect «grisâtre, métallique» de la peau sur le visage, les grosses articulations et les organes génitaux, atrophie cutanée (la peau s’affine), aspect squameux ou en écailles de poisson (c’est ce que l’on appelle une ichtyose) de la peau et une raréfaction des cheveux et des poils pubiens

- Lorsque le diagnostic de la maladie n’a pas été réalisé, les complications apparaissent touchant le foie, le cœur et les glandes endocrines.

Atteinte du foie : à l’examen clinique, le médecin peut constater une augmentation du volume du foie, responsable de douleurs abdominales. La cirrhose et l’apparition d’un cancer du foie constituent les complications les plus  graves de la maladie.

Atteinte des glandes endocrines : l’évolution de la maladie peut être émaillée par la survenue d’un diabète (atteinte du pancréas) et  d’une impuissance chez l’homme (atteinte des testicules).

Atteinte du cœur : le dépôt de fer sur le cœur est responsable d’une augmentation de son volume et de signes d’insuffisance cardiaque.

Ainsi, si la maladie n’est diagnostiquée qu’à un stade tardif (cas restant exceptionnels aujourd’hui), il est possible d’observer l’association d’une insuffisance cardiaque, d’un diabète et d’une cirrhose du foie et d’une coloration brunâtre de la peau.

 

Plus la maladie est diagnostiquée précocement (avant l’âge de 40 ans), plus la réponse au traitement est bonne et le pronostic de la maladie est favorable. En revanche, lorsque les complications décrites ci-dessus apparaissent, elles régressent peu sous traitement. Si le patient est traité avant l’apparition de la cirrhose, son espérance de vie est identique à celle de la population générale.

Le diagnostic de l’hémochromatose

Le diagnostic peut se faire à l’occasion d’un dépistage ou lorsque le patient présente des signes cliniques évocateurs de la maladie.

Compte tenu de la fréquence et de la gravité de la maladie, il est justifié de dépister la maladie chez les personnes dont l’un des membres de la famille présente une hémochromatose. Ce dépistage se fait par une détermination du coefficient de saturation de la transferrine et d’un test génétique à la recherche de la mutation génétique responsable. Une simple prise de sang suffit :

  • une élévation du taux de fer dans le sang (supérieur à 30 µmol/l) associée à une élévation du coefficient de saturation de la transferrine (protéine assurant le transport du fer dans le sang) supérieur à 50 % permet de faire le diagnostic de la maladie. La ferritine (protéine de réserves du fer dans le foie) est également augmentée dans le sang. La mise en évidence de la surcharge en fer du foie ne nécessite plus la pratique d’une biopsie du foie, l’imagerie par résonnance magnétique nucléaire (IRM) constitue l’examen de choix aujourd’hui.
  • surtout, la mise en évidence de la mutation du gène HFE constitue l’examen de choix pour faire le diagnostic de la maladie.

 

Les autres examens complémentaires permettent d’apprécier la fonction des autres organes pouvant être touchés par la maladie. Un dosage des transaminases, de la glycémie à jeûn, de la testostérone (chez l’homme) et une échographie du cœur peuvent être réalisés.

Les aspects génétiques

Risques de transmission aux enfants

La transmission de l’hémochromatose familiale se fait sur le mode autosomique récessif ce qui veut dire que seuls les enfants ayant reçu le gène muté de leur père et de leur mère sont atteints par la maladie. Pour un couple ayant déjà donné naissance à un enfant atteint par la maladie, le risque d’avoir un autre enfant atteint est de 1 sur 4

Risques pour les autres membres de la famille

Les parents du premier degré d’un malade ont un risque soit d’être porteurs du gène altéré, soit d’être atteints de la maladie. C’est pourquoi, en plus de la détermination du coefficient de saturation de la transferrine, un test génétique de dépistage leur est proposé. Seuls les adultes (au-delà de 18 ans) sont concernés par le dépistage car la maladie ne se manifeste pas chez l’enfant. Dans les cas où une personne est atteinte dans la famille, il est donc conseillé de consulter dans un centre de génétique médicale pour une évaluation précise du risque.

Le traitement, la prise en charge, la prévention de l’hémochromatose

Le traitement de l’hémochromatose repose sur les saignées (aussi appelées phlébotomies). Elles ont pour but de diminuer le taux de fer dans le sang et de réduire les dépôts de fer dans l’organisme sans pour autant provoquer une anémie par carence en fer.

Le procédé est identique à celui pratiqué au cours d’un don du sang. Il est recommandé de boire de l’eau après la saignée.

Il s’agit d’un traitement simple, peu couteux et efficace, effectué habituellement entre 4 et 6 fois par an, sans retentissement sur la vie du patient, d’autant plus que les saignées peuvent être réalisées à domicile.

Le médecin définit une quantité de sang  à prélever régulièrement chez le patient en prenant en compte son âge, son poids et sa taille. Au départ, une saignée hebdomadaire est nécessaire et maintenue aussi longtemps que la surcharge en fer est observée. Lorsque le taux de ferritine dans le sang devient inférieur à 50 μg/L, elles sont réalisées de façon mensuelle ou trimestrielle selon le cas pour maintenir un taux de ferritine dans le sang inférieur de 50 μg/L. Elles seront maintenues à vie.

Ce traitement ne permet pas de guérir de la maladie.

Chez la femme enceinte, les saignées ne sont pas pratiquées tout au long de la grossesse. La supplémentation en fer n’est pas nécessaire.

Les autres complications de la maladie (cirrhose, insuffisance cardiaque ou diabète) font l’objet d’un traitement spécifique.

A noter qu’aucun régime alimentaire ne permet de remplacer le traitement par saignées. Il est recommandé au patient de suivre un régime alimentaire normal et de limiter la consommation d’alcool.

 

Bénéfices du traitement

Grâce au traitement, la fatigue souvent observée chez les patients atteints d’hémochromatose s’atténue. Surtout, lorsque le traitement est mis en place tôt, il permet d’éviter les complications graves de la maladie (atteintes du cœur, du foie et du pancréas) et d’allonger ainsi l’espérance de vie des patients

Aucun changement des habitudes des malades n’est à envisager dans l’hémochromatose en dehors de règles d’hygiène de vie qui incluent un régime normal et une diminution des boissons alcoolisées si des excès étaient antérieurement pratiqués.

Le suivi des patients est assuré dans les services de hépato-gastro-entérologie. Chez les personnes à risque, une consultation de génétique est tout à fait indiquée afin de dépister précocement la maladie et prendre les mesures thérapeutiques nécessaires.

En France, les formes évoluées d’hémochromatose font partie des 30 affections longue durée (ALD 30).

L’opinion de notre médecin à propos de l’hémochromatose

Dans le cadre de sa démarche de qualité, Passeportsanté.net vous propose de découvrir l’opinion d’un professionnel de la santé, le Dr Renaud Dumontier.

Le dépistage familial et la précocité de la mise en place du traitement sont des points fondamentaux de la prise en charge de la maladie.

Dr Renaud Dumontier

 

Rédigé par le Dr Renaud Dumontier
Fiche créée : avril 2016

 

Références

Fiche Hémochromatose, ORPHANET
Principes de Médecine Interne, Harrison
Société Française d’Endocrinologie

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